Décès lors des manifestations GenZ212 au Maroc : l’AMDH et MENA Rights Group demandent l’ouverture d’une enquête indépendante.

February 26, 2026

L’Association marocaine des droits humains (AMDH) et MENA Rights Group appellent à l’ouverture urgente d’une enquête indépendante, impartiale et transparente sur les morts d’Abdelhakim Derfidi, Abdessamade Oubalat et Mohamed Rahali, tués le 1er octobre 2025 à Leqliâa lors de tirs à balles réelles de la Gendarmerie royale contre des manifestant.es du mouvement GenZ212.

Francfort sur le Main, Allemagne. 18 octobre 2025. «Solidarité avec la Génération Z 212 - Pour la justice sociale au Maroc». © Mahmoud Mahdi Photo, Licensed under Shutterstock. 

Rabat / Genève, février 2026 — L’Association marocaine des droits humains (AMDH) et MENA Rights Group appellent à l’ouverture urgente d’une enquête indépendante, impartiale et transparente sur les morts d’Abdelhakim Derfidi, Abdessamade Oubalat et Mohamed Rahali, tués le 1er octobre 2025 à Leqliâa lors de tirs à balles réelles de la Gendarmerie royale contre des manifestant.es du mouvement GenZ212. Dans ce cadre, les deux organisations ont saisi les Rapporteurs spéciaux des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, et sur les droits à la liberté de réunion pacifique. Elles dénoncent un usage disproportionné de la force et de graves défaillances dans l’enquête des autorités.

Né à la fin du mois de septembre 2025 dans un contexte de fortes tensions socio-économiques, le mouvement GenZ212, porté par une jeunesse mobilisée contre les inégalités et les failles des services publics, s’est rapidement étendu à plusieurs villes du Maroc. En réponse, la police et la Gendarmerie royale ont interdit les manifestations et dispersé les rassemblements par la force, causant la mort d’Abdelhakim Derfidi, Abdessamade Oubalat et Mohamed Rahali et blessant de nombreux autres. Selon un communiqué émis par la Présidence du Ministère public le 28 Octobre 2025, plus de 5 780 personnes ont été arrêtées dans le cadre de ces événements à l’échelle nationale. Plus de 3 300 d’entre elles ont été remises en liberté, tandis que 2 480 personnes ont été déférées devant les parquets compétents, dont 959 en liberté provisoire et 1 473 en détention.

Le 1er octobre 2025, une mobilisation d’environ 150 jeunes a notamment eu lieu à Leqliâa. Une quinzaine de manifestant.es y ont brûlé des déchets et tenté de briser une barrière métallique devant le poste de gendarmerie, avant d’être violemment réprimés. MM. Derfidi, Oubalat et Rahali, âgés de 24 à 35 ans, se tenaient à l’écart des manifestations et ne représentaient aucune menace imminente au moment des faits.

M. Abdessamade Oubalat, étudiant et photographe âgé de 24 ans, avait rejoint la manifestation dans l’unique intention de la filmer. Il a été mortellement atteint à la tête dans une ruelle située à environ 120 mètres du poste de la Gendarmerie, loin des affrontements. M. Mohamed Rahali, coiffeur âgé de 25 ans, a été tué par balle alors qu’il circulait à vélo dans une ruelle adjacente, loin du poste de la Gendarmerie. La balle l’a atteint dans le dos, provoquant un décès immédiat alors qu’il ne représentait aucun danger. M. Abdelhakim Derfidi, ouvrier du bâtiment de 35 ans, a été mortellement touché lors d’une opération de poursuite des manifestants. Il revenait de son travail et avait emprunté un itinéraire secondaire en raison du blocage de la route principale.

Les familles ont été confrontées à de graves atteintes à leurs droits: information tardive des décès, versions contradictoires des autorités, retard dans la restitution des corps, encadrement strict des funérailles et absence d’accès aux rapports d’autopsie. Plusieurs effets personnels demeurent par ailleurs retenus par la Gendarmerie sans justification claire.

Une enquête judiciaire a été ouverte, mais elle a été confiée aux services relevant du même corps impliqué dans les faits, compromettant son indépendance. Aucune information ne permet d’établir que des expertises balistiques indépendantes aient été menées ni que des mesures conservatoires aient été prises à l’encontre des agents concernés. Les autorités ont, en revanche, rapidement diffusé une version officielle justifiant l’usage de la force par la légitime défense, sans attendre les résultats d’investigations impartiales.

L’AMDH demande l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale afin d’établir les faits, d’examiner l’ensemble des preuves disponibles, d’identifier les auteurs matériels et les responsables hiérarchiques, et d’engager les responsabilités juridiques, pénales et administratives qui en découlent, en ce qui concerne le respect par l’État marocain des normes nationales et des principes internationaux relatifs à l’usage de la force, notamment la nécessité, la proportionnalité et la légalité.

MENA Rights Group alerte de son côté que « l’absence d’enquête indépendante et transparente sur ces décès alimente un climat d’impunité et porte gravement atteinte au droit à la vie et au droit de manifester pacifiquement ».

Le Maroc est État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Convention contre la torture, qui imposent l’ouverture d’enquêtes rapides, indépendantes, impartiales et effectives en cas de privation arbitraire de la vie. Ces obligations, rappelées par les Principes des Nations unies sur le recours à la force et par le Protocole du Minnesota, soulignent également l’importance de permettre aux familles des victimes de participer effectivement à l’enquête, sans en compromettre l’intégrité.

Or, dans cette affaire, l’enquête a été confiée à des services relevant du même corps impliqué, aucune expertise indépendante n’a été rendue publique et les familles ont été tenues à l’écart des informations essentielles. Aucune mesure conservatoire n’a par ailleurs été annoncée à l’encontre des agents concernés, qu’il s’agisse de suspensions, de retraits d’armes ou de procédures disciplinaires. Ces manquements, combinés à l’absence d’implication effective des proches des victimes, compromettent le droit à la vérité, à la justice et à un recours effectif, en violation des standards internationaux.

Par leur saisine, l’AMDH et MENA Rights Group demandent aux mécanismes onusiens d’exhorter les autorités marocaines à faire toute la lumière sur les circonstances des décès d’Abdelhakim Derfidi, d’Abdessamade Oubalat et de Mohamed Rahali, à garantir l’indépendance des enquêtes et à traduire en justice les responsables, conformément aux standards internationaux.

Les deux organisations appellent également à la mise en place de garanties effectives pour protéger le droit de réunion pacifique et prévenir tout recours abusif à la force lors des manifestations, afin que de telles tragédies ne se reproduisent plus.

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