Arrestation de la députée abolitionniste mauritanienne Mariem Dieng avec son nourrisson

Arrestation de la députée abolitionniste mauritanienne Mariem Dieng avec son nourrisson

Mariem Dieng est une députée mauritanienne engagée de longue date en faveur de l’abolition de l’esclavage et de la défense des droits humains. Le 9 avril 2026, elle a animé un “live” sur Facebook au cours duquel elle a dénoncé les discriminations et les violations des droits humains subies par les militant·e·s abolitionnistes issu·e·s de la communauté Haratine. Quelques heures après cette intervention, elle a été violemment arrêtée en présence de son nourrisson âgé de trois mois. Sa famille est restée plusieurs jours sans nouvelle d’elle et de son enfant, malgré des démarches répétées pour localiser leur lieu de détention. Le 20 avril 2026, elle a été placée en détention provisoire avec son nourrisson et le 4 mai 2026 la députée a été condamnée à quatre ans de prison ferme.

Mariem Cheikh Samba Dieng est une députée mauritanienne, engagée auprès de l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitioniste (IRA) depuis de nombreuses années. C’est une figure engagée dans la défense des droits humains et de la dignité des populations autochtones d’ascendance africaine.

Dans la soirée du 9 avril 2026, Mariem Dieng a organisé un “live” sur Facebook au cours duquel elle a dénoncé les discriminations et les violations des droits humains subies par les militant·e·s abolitionnistes issu·e·s de la communauté Haratine, historiquement victime d’esclavage et de marginalisation. Elle a également dénoncé le traitement dégradant ainsi que les conditions de détention déplorables des femmes de cette communauté. Elle a notamment évoqué le cas de la journaliste abolitionniste Warda Ahmed Souleymane, incarcérée alors qu’elle est enceinte et malade, ainsi que ceux des deux lanceuses d’alerte Lalla Vatma et Rachida Saleck, toutes deux détenues dans des conditions préoccupantes pour avoir dénoncé le calvaire d’une fillette haratine de 11 ans, détenue et exploitée comme esclave par une famille arabe.

A la suite de ce live, le même jour, aux alentours de 22h35, des hommes armés et encagoulés, en tenue civile, se sont présentés au domicile de la députée à bord de deux véhicules sans immatriculation. En présence de son mari et de leurs enfants, ils lui ont ordonné de les suivre et de monter dans l’un des véhicules, ce qu’elle a refusé en indiquant qu’elle devait s’occuper de son nourrisson de trois mois. Les hommes l’ont finalement contrainte à monter dans le véhicule, l’obligeant à emmener avec elle son enfant. Les agents ont refusé d’indiquer au mari de Mariem Dieng le lieu vers lequel ils emmenaient la députée et leur fils.

Le 10 avril 2026, aux alentours de 14 heures, la députée abolitionniste Ghame Salem a diffusé un live sur Facebook au cours duquel elle a dénoncé l’arrestation et la disparition de Mariem Dieng. Elle y a également contesté la légalité de cette arrestation, intervenue malgré l’immunité parlementaire de cette dernière. Aux alentours de 16 heures, Ghame Salem a été arrêtée à son tour.

Le 10 avril 2026, le ministère de la Justice a publié un communiqué concernant l’arrestation des députées Dieng et Salem. Selon ce document, les deux élues auraient, lors de diffusions en direct sur les réseaux sociaux, commis des faits susceptibles de constituer des infractions pénales. Le ministère estimait que la retransmission en direct des faits relevait d’un cas de flagrant délit, excluant l’application de l’immunité parlementaire. Par ailleurs, le communiqué ne mentionnait pas l’enlèvement du nourrisson de Mariem Dieng et ne précisait pas le lieu de détention des deux députées et de l’enfant.

Les familles et avocats de Dieng et Salem ont entrepris des démarches répétées auprès des commissariats et des parquets de Nouakchott afin de connaître leur lieu de détention, ainsi que celui du nourrisson de Mariem Dieng, sans obtenir de réponse.

Le 16 avril 2026, MENA Rights Group a saisi en urgence le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées (CDF) au nom des deux femmes et du nourrisson de Mariem Dieng.

Le 20 avril 2026, le CDF a adressé une communication aux autorités mauritaniennes, les appelant à clarifier sans délai les lieus de détentionde Ghame Salem et de Mariem Dieng et son nourrisson. Ce même jour, Dieng et Salem ont été présentées au procureur près le tribunal de Nouakchott Ouest. Leurs avocats ont été informés et ont pu assister à l’audience afin de les représenter. L’accès au tribunal a toutefois été restreint à toute autre personne, notamment aux familles des deux députées, qui n’ont pas été en mesure de leur rendre visite depuis leur arrestation.

Le parquet a inculpé les deux élues pour « outrage délibéré aux symboles nationaux par le biais des médias numériques, et diffusion de propos racistes visant à porter atteinte à la paix civile et à la cohésion sociale via les réseaux sociaux » et « menaces et diffamation, incitation à des rassemblements en vue de perturber l’ordre public, calomnie et diffamation, et incitation à la violence ». A l’issue de l’audience, le procureur a ordonné leur placement en détention provisoire dans l’attente de leur procès.

Ce même jour, Mariem Dieng a été transféré à la prison de l’Ecole de police, un établissement où les conditions de visite sont plus strictes que dans les prisons ordinaires. Ce centre, instauré sous la présidence de Mohamed Ould Ghazouani, a été destiné à la détention d’opposants politiques, comme ce fut le cas de l’ancien président Mohamed Abdel Aziz. Les conditions de détention de cet établissement sont jugées particulièrement préoccupantes, l’établissement étant conçu pour imposer un régime carcéral oppressif. Il semble que Mariem Dieng et son nourrisson soient actuellement les seuls détenus de ce centre.

Le 29 avril 2026, MENA Rights Group a soumis une plainte au Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’Union Interparlementaire, sollicitant son intervention auprès des autorités mauritaniennes en faveur de Mariem Dieng et de Ghame Salem.  

Le 4 mai 2026, le tribunal correctionnel de la wilaya de Nouakchott Ouest a statué en première instance sur les cas de Mariem Dieng et Ghame Salem. Les deux députées ont été condamnées à quatre ans de prison ferme, assortis de la fermeture de leurs comptes et pages électroniques, ainsi que d’une amende. Mariem Dieng a été reconduit à la prison de l’école de police, toujours accompagnée de son bébé.

Les avocats n’ont été convoqués au procès que la veille. Après avoir soulevé l’incompétence de la jurisdiction, sans être entendus, le collectif de défense a choisi de se retirer de l’audience estimant que sa présence ne ferait que donner une apparence de procès équitable à une procédure qui n’en respectait pas les principes. Devant le tribunal, les forces de l’ordre ont violemment réprimé les manifestants venus soutenir les deux parlementaires, faisant plusieurs blessés.

 

Timeline

4 mai 2026 : Mariem Dieng et Ghame Salem sont condamnées à quatre ans de prison ferme.
29 avril 2026 : MENA Rights Group saisit le Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’Union Interparlementaire.
20 avril 2026 : Mariem Dieng est présentée devant le procureur et placée en détention provisoire, avec son nourrisson, pour « outrage délibéré aux symboles nationaux » et « menaces et diffamation ».
20 avril 2026 : Le Comité sur les Disparitions Forcées de l’ONU (CDF) adresse une communication aux autorités mauritaniennes, les exhortant à élucider le lieu de détention de Mariem Dieng ainsi que de son nourrisson de trois mois.
16 avril 2026 : MENA Rights Group saisit d’urgence le CDF.
10 avril 2026 : Le ministère de la Justice publie un communiqué relatif à l’arrestation de Mariem Dieng et de Ghame Salem.
10 avril 2026 : La députée abolitionniste Ghame Salem est arrêtée après avoir fait un “live” sur Facebook dénonçant l’arrestation de Mariem Dieng.
9 avril 2026 : Aux alentours de 22h35, des hommes armés et encagoulés arrêtent violemment Mariem Dieng et la contraignent à monter à bord de leur véhicule avec son nourrisson de trois mois.
9 avril 2026 : Mariem Dieng organise un “live” Facebook où elle dénonce les discriminations et les violations des droits humains subies par les militant·e·s abolitionistes issu·e·s de la communauté Haratine.

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