Détention de la députée abolitionniste mauritanienne Ghame Salem pendant trois mois

Détention de la députée abolitionniste mauritanienne Ghame Salem pendant trois mois

Ghame Salem est une députée mauritanienne et militante anti-esclavagiste, engagée en faveur des droits humains. Le 10 avril 2026, elle a animé un “live” sur Facebook pour dénoncer l’arrestation et la disparition de la députée abolitionniste Mariem Dieng la veille au soir. Quelques heures après sa prise de parole, elle a été violemment arrêtée à son domicile. Sa famille est restée plusieurs jours sans nouvelles d’elle, malgré des démarches répétées pour localiser son lieu de détention. Le 20 avril 2026, elle a été placée en détention provisoire. Le 4 mai 2026 la députée a été condamnée à quatre ans de prison ferme, une peine ramenée à deux ans de prison ferme en appel le 8 juillet 2026. Le 9 juillet 2026, la députée a bénéficié d’une grâce présidentielle, ce qui a conduit à sa libération le lendemain.

Ghame Achour Salem est une députée mauritanienne, engagée auprès de l’Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitioniste (IRA). C’est une figure engagée dans la défense des droits humains et de la dignité des populations autochtones d’ascendance africaine.

Dans la soirée du 9 avril 2026, la députée abolitionniste Mariem Dieng a organisé un “live” sur Facebook au cours duquel elle a dénoncé les discriminations et les violations des droits humains subies par les militant·e·s abolitionnistes issu·e·s de la communauté Haratine, historiquement victime d’esclavage et de marginalisation. À la suite de ce live, Dieng a été violemment arrêtée à son domicile avec son nourrisson âgé de trois mois.

Le 10 avril 2026, aux alentours de 14 heures, Ghame Salem a diffusé un “live” sur Facebook au cours duquel elle a dénoncé l’arrestation et la disparition de sa collègue Mariem Dieng et de son nourrisson. Elle y a également contesté la légalité de cette arrestation, intervenue malgré l’immunité parlementaire de cette dernière. Vers 16 heures, des hommes armés et encagoulés, en tenue civile, se sont présentés au domicile de la députée à bord de deux véhicules sans immatriculation. En présence de son mari et de leurs enfants, les agents ont contraint Salem à monter dans l’un des véhicules. Ils ont refusé d’indiquer à sa famille le lieu vers lequel elle était emmenée.

Peu après son arrestation, le ministère de la Justice a publié un communiqué concernant l’arrestation des députées Salem et Dieng. Selon ce document, les deux élues auraient, lors de diffusions en direct sur les réseaux sociaux, commis des faits susceptibles de constituer des infractions pénales. Le ministère estimait que la retransmission en direct des faits relevait d’un cas de flagrant délit, excluant l’application de l’immunité parlementaire. Par ailleurs, le communiqué ne mentionnait pas l’enlèvement du nourrisson de Mariem Dieng et ne précisait pas le lieu de détention des deux députées et de l’enfant.

Les familles et avocats de Salem et Dieng ont entrepris des démarches répétées auprès des commissariats et des parquets de Nouakchott afin de connaître leur lieu de détention, sans obtenir de réponse.

Le 16 avril 2026, MENA Rights Group a saisi en urgence le Comité des Nations unies sur les disparitions forcées (CDF) au nom des deux femmes et du nourrisson de Mariem Dieng.

Le 20 avril 2026, le CDF a adressé une communication aux autorités mauritaniennes, les appelant à clarifier sans délai les lieux de détention de Ghame Salem et de Mariam Dieng et son nourrisson.

Ce même jour, Salem et Dieng ont été présentées au procureur près le tribunal de Nouakchott Ouest. Leurs avocats ont été informés et ont pu assister à l’audience afin de les représenter. L’accès au tribunal a toutefois été restreint à toute autre personne, notamment aux familles des deux députées, qui n’ont pas été en mesure de leur rendre visite depuis leur arrestation.

Le parquet a inculpé les deux élues pour « outrage délibéré aux symboles nationaux par le biais des médias numériques, et diffusion de propos racistes visant à porter atteinte à la paix civile et à la cohésion sociale via les réseaux sociaux » et « menaces et diffamation, incitation à des rassemblements en vue de perturber l’ordre public, calomnie et diffamation, et incitation à la violence ». A l’issue de l’audience, le procureur a ordonné leur placement en détention provisoire dans l’attente de leur procès.

Le 29 avril 2026, MENA Rights Group a soumis une plainte au Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’Union Interparlementaire, sollicitant son intervention auprès des autorités mauritaniennes en faveur de Mariem Dieng et de Ghame Salem.  

Le 4 mai 2026, le tribunal correctionnel de la wilaya de Nouakchott Ouest a statué en première instance sur les cas de Ghame Salem et Mariem Dieng. Les deux députées ont été condamnées à quatre ans de prison ferme, assortis de la fermeture de leurs comptes et pages électroniques, ainsi que d’une amende. Ghame Salem a été reconduite à la prison pour femmes.

Les avocats n’ont été convoqués au procès que la veille. Après avoir soulevé l’incompétence de la jurisdiction, sans être entendus, le collectif de défense a choisi de se retirer de l’audience estimant que sa présence ne ferait que donner une apparence de procès équitable à une procédure qui n’en respectait pas les principes. Devant le tribunal, les forces de l’ordre ont violemment réprimé les manifestants venus soutenir les deux parlementaires, faisant plusieurs blessés.

Le 1er juillet 2026, le procès en appel de Ghame Salem et Mariem Dieng s’est ouvert devant le tribunal de Nouachott Ouest. Les avocats des parlementaires ont été les seuls autorisés à assister à l'audience. L’accès à la salle d’audience a été refusé à toute autre personne, y compris leurs proches.

A l’extérieur du tribunal, de nombreux·euses militant·e·s s’étaient rassemblé·e·s pour apporter leur soutien aux deux députées et dénoncer un procès jugé liberticide. La manifestation a été violemment réprimées par les autorités et un grand nombre de personnes a dû être transportée à l’hôpital en raison des blessures infligées.

Le 8 juillet 2026, le tribunal a rendu son verdict et condamné Ghame Salem et Mariem Dieng à deux ans de prison ferme en appel, assortis d’une privation de leurs droits civils et politiques pour une durée de cinq ans. Cette décision entraine la perte de leur statut de députées et les empêche de se présenter à des élections pendant cette période.

Dans la soirée du 9 juillet 2026, la Présidence de la République a annoncé par décret que la grâce présidentielle a été accordée à Ghame Salem et Mariem Dieng et qu’elle comprenait la remise du reste de leurs peines d’emprisonnement, ainsi que l’annulation des amendes et des frais de justice. Les deux députées, ainsi que le nourrisson de Mariem Dieng, ont été libérés de prison le 10 juillet 2026.

Dans les jours qui ont suivi, les avocats des deux députées ont introduit un recours devant la Cour suprême contre la décision rendue en appel.

Suivant la grâce présidentielle, un grand débat a eu lieu quant à l’interprétation de celle-ci, notamment sur la question de savoir si elle entraînait ou non la réstitution de leurs droits civils et politiques. Le Conseil constitutionnel a tranché cette question le 15 juillet 2026, en affirmant que Ghame Salem et Mariem Dieng conservent leur siège à l’Assemblée nationale jusqu’à ce que la Cour suprême se prononce sur leur affaire.

Timeline

15 juillet 2026 : Le Conseil constitutionnel décide que les deux députées maintiennent leur siège parlementaire jusqu’au jugement de la Cour Suprême.
10 juillet 2026 : Les deux députées sont libérées de prison.
9 juillet 2026 : Ghame Salem et Mariem Dieng bénéficient d’une grâce présidentielle.
8 juillet 2026 : Ghame Salem et Mariem Dieng sont condamnées en appel à deux ans de prison ferme et 5 ans de privation de droits civils et politiques.
1 juillet 2026 : Les militant·e·s rassemblé·e·s devant le tribunal pour apporter leur soutien aux deux députées sont violemment réprimé·e·s par les autorités. De nombreuxes personnes sont blessées et transportées à l’hôpital.
1 juillet 2026 : Le procès en appel de Ghame Salem et Mariem Dieng s’ouvre au tribunal de Nouakchott Ouest.
4 mai 2026 : Ghame Salem et Mariem Dieng sont condamnées à quatre ans de prison ferme.
29 avril 2026 : MENA Rights Group saisit le Comité des droits de l’homme des parlementaires de l’Union Interparlementaire.
20 avril 2026 : Ghame Salem est présentée devant le procureur et placée en détention provisoire pour « outrage délibéré aux symboles nationaux » et « menaces et diffamation ».
20 avril 2026 : Le Comité sur les Disparitions Forcées de l’ONU (CDF) adresse une communication aux autorités mauritaniennes, les exhortant à élucider le lieu de détention de Ghame Salem.
16 avril 2026 : MENA Rights Group saisit d’urgence le CDF.
10 avril 2026 : Le ministère de la Justice publie un communiqué relatif à l’arrestation de Ghame Salem et de Mariem Dieng.
10 avril 2026 : Ghame Salem organise un live Facebook pour dénoncer l’arrestation et la disparition de Mariem Dieng, avant d’être violemment arrêtée à son tour.
9 avril 2026 : La députée Mariem Dieng organise un “live” Facebook où elle dénonce les discriminations subies par les militant·e·s abolitionistes, et est subséquemment arrêtée avec son nourrisson de trois mois.