Nassera Dutour sous interdiction d’entrée en Algérie pour son activisme en faveur des droits humains

Nassera Dutour sous interdiction d’entrée en Algérie pour son activisme en faveur des droits humains

Nassera Dutour est une défenseuse algérienne des droits humains, fondatrice de SOS Disparus et présidente de la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED) et du Collectif des Familles des Disparus en Algérie (CFDA). Dans le cadre de son travail, elle collabore régulièrement avec les mécanismes et les expert·e·s des droits humains des Nations unies. À la suite de sa participation au Conseil des droits de l'homme en juin 2025, elle s'est vu refuser arbitrairement l'entrée en Algérie à son retour d'Europe. Les autorités ont également mis sous scellés le siège de SOS Disparus à Alger en mars 2026, rendant très difficile la poursuite des activités de l'organisation dans le pays.

Nassera Dutour est une défenseuse algérienne des droits humain et fondatrice de SOS Disparus et présidente du Collectif des Familles des Disparus en Algérie (CFDA), deux organisations sœurs qui œuvrent pour la vérité et la justice en faveur des victimes de disparitions forcées liées à la « Décennie noire » en Algérie. Alors que SOS Disparus opère en Algérie, apportant soutien et assistance aux familles des victimes, le CFDA, basé en France, mène des actions de plaidoyer au niveau international auprès des mécanismes régionaux des droits humains ainsi que de l’ONU. Elle est également Présidente de la Fédération euro-méditerranéenne contre les disparitions forcées (FEMED), qui œuvre sur les disparitions forcées au niveau régional. À travers son travail au sein de ces deux organisations, elle collabore étroitement avec les mécanismes de protection des droits humains des Nations unies.

En juin 2025, Dutour a participé, au sein de la délégation de l’Alliance féministe francophone, à la 59è session du Conseil des droits de l’homme à Genève. Elle a pris part à de nombreuses réunions bilatérales avec des États et des mécanismes des Nations unies concernant la défense des droits des femmes et la lutte contre la violence patriarcale. Elle a également pris la parole lors d’un événement parallèle organisé par la Fédération internationale pour les droits humains le 25 juin, intitulé « L’exacerbation des normes discriminatoires et de la violence sexuelle et sexiste lors des conflits armés dans la région MENA ». Le 30 juillet 2025, Dutour est arrivée à l’aéroport Houari Boumediene d’Alger après son retour d’Europe, mais s’est vu refuser l’entrée sur le territoire malgré la présentation d’un passeport algérien valide. Elle a été détenue pendant trois heures par la police des frontières et interrogée sur son travail, puis s’est vue infliger une interdiction d’entrée. La police des frontières n’a fourni aucune justification juridique à cette mesure, se contentant d’invoquer son statut de « membre d’une ONG ». Dutour a ensuite été expulsée vers la France, pays d’où elle était venue.

Le 29 août 2025, des expert·e·s onusiens ont adressé une communication aux autorités algériennes, dans laquelle ils exprimaient leur inquiétude face à l’interdiction d’entrée imposée à Dutour. Ils ont rappelé les obligations qui incombent à l’Algérie en vertu du droit international des droits humains et ont fait remarquer que cette mesure semblait enfreindre l’article 49 de la Constitution algérienne, qui garantit le droit à la liberté de circulation.

En septembre 2025, Mme Dutour a pris la parole devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies lors de la présentation du rapport annuel du Secrétaire général des Nations unies sur les représailles et a eu des échanges avec le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires. Elle a également rencontré plusieurs Rapporteurs spéciaux, notamment ceux chargés des défenseurs des droits humains, de la liberté d’association et de réunion pacifique, de la justice transitionnelle et de la liberté d’expression, et a contribué à un rapport d’évaluation de mi-parcours de la société civile portant sur la mise en œuvre par l’Algérie des recommandations reçues lors de son Examen périodique universel.

Le 16 mars 2026, des agents de police et des représentants des autorités locales se sont présentés au siège de SOS Disparus à Alger, munis d'un mandat de fermeture et de mise sous scellés des locaux. Cette opération aurait fait suite à une décision administrative prise quelques jours auparavant.

Le 18 mars 2026, lors d’un rassemblement hebdomadaire organisé par SOS Disparus, cinq proches de personnes disparues se sont heurtés à un important dispositif policier et ont reçu l’ordre de se disperser. Les familles se sont ensuite rendues au siège de SOS Disparus, où elles ont pris des photos et se sont assises sur les marches. Peu après, huit policiers sont intervenus et les ont escortés au commissariat de Cavaignac, où ils ont été interrogés sur leur identité avant d’être relâchés. Une personne, Slimane Hamitouche, a été séparée du groupe et emmenée vers une destination inconnue. Ses proches et l’association n’ont plus eu de nouvelles de lui jusqu’à 18h30 ce jour-là.

Depuis plus de vingt ans, SOS Disparus a joué un rôle central dans le soutien aux familles et aux victimes de disparitions forcées en Algérie. L'organisation recense les cas, préserve la mémoire et défend le droit à la vérité et à la justice. La fermeture de son siège risque de compromettre gravement la capacité des familles à s'organiser, à se réunir et à faire entendre leur voix.

Le 15 avril 2026, le MENA Rights Group a soumis le cas de Dutour au Secrétaire général des Nations unies, avant la préparation du rapport annuel sur les actes d'intimidation ou de représailles dirigés contre ceux qui coopèrent avec l’ONU dans le domaine des droits humains.

Timeline

15 avril 2026 : MENA Rights Group soumet le cas de Dutour au Secrétaire général des Nations unies dans le cadre de la préparation du rapport de 2026 sur les représailles.
16 mars 2026 : Les autorités algériennes mettent sous scellés le siège de SOS Disparus à Alger.
Septembre 2025 : Dutour prononce un discours devant le Conseil des droits de l'homme et rencontre divers expert·e·s des droits humains de l’ONU.
29 août 2025 : Des expert·e·s onusiens adressent une communication conjointe aux autorités algériennes concernant l’interdiction d'entrée sur le territoire opposée à Dutour.
30 juillet 2025 : Dutour est arbitrairement interdite d’entrée en Algérie.
Juin 2025 : Dutour participe à la 59e session du Conseil des droits de l'homme à Genève et intervient lors d'un événement parallèle.

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